Publié le 4 juin 2026

Corrosion des chaudières à vapeur : quand la chimie de l’eau devient un problème de matériaux

Qu’est-ce qu’une chaudière à vapeur ? Une chaudière à vapeur est un équipement qui transforme l’eau liquide en vapeur au moyen d’une source de chaleur, généralement produite par un combustible, comme le gaz naturel ou le bois; ou bien, par un système de chauffage électrique.

La vapeur est utilisée dans de nombreux milieux résidentiels, institutionnels, industriels et commerciaux, notamment pour le chauffage, la stérilisation, le nettoyage, la transformation alimentaire et certains procédés chimiques. Son intérêt repose sur l’accessibilité de l’eau, sa non-toxicité et sa capacité à transporter efficacement l’énergie thermique.

Selon leur conception, les chaudières peuvent prendre plusieurs formes. Par exemple, les chaudières à tubes de fumée font circuler les gaz de combustion dans des tubes entourés d’eau.

Figure 1. Schéma d’une chaudière à tubes de fumées | Haribhakti, P., Joshi, P. B., & Kumar, R. (2018). Failure investigation of boiler tubes: a comprehensive approach. ASM International.

Puisqu’elle produit de la vapeur, une chaudière constitue un appareil sous pression. Ainsi, elle est notamment encadrée par le Règlement sur les installations sous pression (B-1.1, r. 6.1), pris en application de la Loi sur le bâtiment du Québec.

À partir d’une certaine capacité, les composants sous pression des chaudières industrielles sont fabriqués à partir d’aciers au carbone ou d’aciers faiblement alliés, comme les aciers carbone-manganèse. Ces matériaux sont choisis pour leur résistance thermique et mécanique, leur capacité de mise en forme et leur compatibilité avec les exigences applicables aux équipements sous pression.

Ces matériaux peuvent offrir une bonne durabilité, avec une durée de vie d’équipement pouvant atteindre 30 ans, voire plus, lorsque les conditions d’exploitation sont adéquates. Ils demeurent toutefois sensibles notamment à la chimie de l’eau lorsqu’elle n’est pas adéquatement contrôlée.

La chimie de l’eau

Dans une chaudière à vapeur, l’eau constitue l’une des deux matières premières du système. Sa qualité est déterminante, puisqu’une eau non traitée peut entraîner la dégradation des matériaux composant la chaudière.

Il est important de noter qu’une eau potable adéquate pour un système de plomberie conventionnel n'est pas nécessairement adaptée à un système de production de vapeur. Cela s’explique notamment par les matériaux utilisés et par le fait que, lorsque l’eau s’évapore, les contaminants dissous et les sels minéraux se concentrent dans l’eau résiduelle présente dans la calandre.

L’eau doit donc être traitée avant son entrée dans la chaudière à vapeur. Le traitement vise notamment à contrôler le pH, l’alcalinité, la dureté, la concentration en oxygène, les sels minéraux dissous et les autres contaminants.

De plus, les purges de chaudière, de même que les inspections constituent des activités d'entretien à effectuer régulièrement, qui permettent de limiter l’accumulation de certains contaminants et/ou dépôts dans la calandre de la chaudière à vapeur.

Défaillances

Les principaux modes de dégradation d’une chaudière à vapeur liés à la chimie de l’eau sont la formation de dépôts, la corrosion et l’entraînement de microgoutelettes dans la vapeur.

Lorsque des dépôts se forment sur les surfaces chauffées, ils réduisent notamment le transfert de chaleur entre les gaz de combustion et l’eau, ce qui peut augmenter les besoins énergétiques du système, de même que la température des métaux permettant le transfert de chaleur et peut favoriser la défaillance prématurée de composants métalliques. Sous les dépôts, la concentration locale de certains contaminants, tels que les chlorures ou l’oxygène, peut être supérieure à celle mesurée dans l’eau en circulation, ce qui peut favoriser la corrosion locale.

Figure 2. Exemple d’une couche de dépôts sur les tubes et au fond de la chaudière

La corrosion peut également être favorisée par une concentration élevée en oxygène dissous dans l’eau, laquelle crée un environnement oxydant. Un pH trop faible peut entraîner une corrosion acide, notamment en présence d’une contamination du condensat. À l’inverse, des conditions trop alcalines peuvent favoriser la corrosion caustique.

Figure 3. Corrosion résultant d’une concentration élevée en oxygène et en chlorures

L’entraînement de l’eau de chaudière dans la vapeur constitue un autre enjeu. Des microgouttelettes chargées de sels minéraux ou de produits de traitement peuvent être transportées avec la vapeur, notamment lorsque la concentration de solides dissous est trop élevée. Ces contaminants peuvent ensuite affecter les équipements et de la tuyauterie plus loin dans le réseau.

Conclusion

Lors d’une analyse de défaillance, la documentation est souvent aussi importante que la pièce elle-même. Les registres d’entretien, les résultats d’inspection et les analyses d’eau permettent de reconstruire l’historique du système. Combinée à une analyse des matériaux, cette démarche aide à comprendre l’origine de la défaillance d’une chaudière à vapeur.

C'est donc ici qu'entrent en jeu nos experts en matériau, métallurgie et chimie !

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À propos

Sammy Touaibia chimiste, CPI, Partenaire de croissance
Expert en matériau, métallurgie et chimie
Avec nous depuis juin 2024, Sammy est un atout de taille puisqu’il a déjà une expérience de plusieurs années en investigation technico-légale. À la fois chimiste et ingénieur, il a des connaissances multidisciplinaires à toute épreuve et dont on ne se passerait plus.

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