Publié le 31 août 2026

Quand votre lasagne devient une pile : comprendre la corrosion galvanique

Avez-vous déjà retiré le papier d’aluminium qui recouvrait un plat de lasagne pour découvrir qu’il était parsemé de petits trous ?

Ce phénomène surprenant porte le nom populaire de « Lasagna Battery » (pile à lasagne). Comme son nom l’indique, votre lasagne peut effectivement réunir les conditions nécessaires à la formation d’une petite cellule électrochimique.

Le phénomène peut se produire lorsqu’un aliment humide et salé est conservé dans un plat de cuisson en acier et recouvert d’une feuille d’aluminium. Dans cette configuration, le plat en acier agit comme cathode, la lasagne comme électrolyte et l’aluminium comme anode.

  • Cathode : matériau où se produit la réaction de réduction, c’est-à-dire la consommation d’électrons. Dans ce cas, il s’agit du plat en acier.
  • Électrolyte : milieu conducteur qui permet le déplacement des charges électriques entre l’anode et la cathode. Dans ce cas, il s’agit de la lasagne, notamment en raison de sa teneur en eau et en sels dissous.
  • Anode : matériau où se produit la réaction d’oxydation, c’est-à-dire la perte d’électrons. Dans ce cas, il s’agit de l’aluminium.

Lorsque les métaux sont en contact électrique, une réaction électrochimique peut s’établir.

L’aluminium, étant le métal le plus anodique et le moins noble du couple galvanique, subit préférentiellement la corrosion. Comme la feuille est très mince, une corrosion localisée peut éventuellement la traverser et créer les fameux petits trous observés après quelques heures. Ce phénomène est connu en science des matériaux sous le nom de corrosion galvanique.

Fait intéressant, ce même principe est utilisé volontairement dans les piles non rechargeables. Dans une pile, la réaction entre différents matériaux est contrôlée afin de produire de l’électricité. Lorsqu’une réaction semblable se produit de façon non désirée entre deux métaux, elle peut plutôt accélérer la corrosion de l’un d’eux et entraîner sa dégradation.

Un autre exemple courant de ce type de phénomène est celui de l’anode sacrificielle d’un chauffe-eau. Cette tige, généralement en magnésium ou en aluminium, est constituée d’un métal moins noble que l’acier utilisé pour le réservoir. En présence d’eau, l'anode sacrificielle s’oxyde et se corrode avant l’acier du réservoir, protégeant ainsi ce dernier contre la corrosion et limitant le risque de perforation du réservoir.

Anode sacrifiecielle

De la lasagne à la plomberie : même phénomène électrochimique, mais une fuite d’eau est généralement moins appétissante.

En conclusion

La corrosion galvanique constitue notamment un mode de défaillance à considérer en plomberie. Lorsqu’une installation met en contact électrique des métaux différents, par exemple dans certains assemblages de cuivre et d’acier, l’eau peut fournir le milieu électrolytique nécessaire au phénomène.

Le métal ou l'alliage métallique le plus anodique constituant les pièces de plomberie peut alors subir une corrosion accélérée en raison du phénomène de corrosion galvanique. Avec le temps, cette dégradation peut entraîner une perte d’épaisseur, une perforation, le bris de différentes pièces de plomberie et, éventuellement, une fuite d’eau.

Ainsi, les petits trous observés sur une feuille d’aluminium et certaines défaillances rencontrées en plomberie peuvent avoir un point commun inattendu : derrière ces deux situations se cache le même phénomène de corrosion galvanique.

À propos

Bruno Gélinas Ph. D., chimiste
Expert en matériau, métallurgie et chimie
Grand passionné de la chimie, Bruno a toutes les compétences requises pour effectuer les examens et les analyses nécessaires afin de déterminer la cause de défaillance de nombreux matériaux.

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